Mrs Dalloway

 de Virginia Woolf 
traduit de l’anglais par Nathalie Azoulai (éd. P.O.L.)

Virginia Woolf & John Lehmman 1931 à Charleston

Adaptation et mise en scène
Magali Montoya 

Printemps 2023, 2024 , ateliers de recherche avec
Pauline Belle, Jules Churin, Catherine Jabot, Vincent Guédon, Bénédicte Le Lamer 
Magali Montoya 

2025/26 , création MOUVEMENT 1, monologue jeu Magali Montoya,

complicités artistique Anne Alvaro, Jules Churin, Sebastien Derrey

2026/27/28 , création MOUVEMENT 2 & 3 distribution en cours

2028 intégrale, diffusion

Composition musicale
Roberto Basarte 

Lumières 
Jean-Yves Courcoux

Costumes & collaboration à la scénographie Pauline Pô, Yvett Rotscheid

Photographies Hervé Bellamy (2024 et Juin 2025)

Production : Le Solstice d’Hiver
coproduction en cours
compagnie conventionnée par la DRAC Île-de-France

remerciements au T2G de Gennevilliers et au Théâtre des quartiers d’Ivry pour leur soutien et accueil régulier de temps de répétitions et de recherches.

CREATIONS PREVUES SAISONS 26/27/28 diffusion parties et intégrale 28
interviews, atelier et restitution pour des amatrices amateurs, proposé en option aux partenaires : Une chambre à soi et autres récits ( voir fin de page )


Contacts >
direction artistique Magali Montoya +33(0)6 87 22 91 00 – magali.montoya@free.fr
Administration de production Silvia Mammano > lesolsticedhiver@gmail.com


1922, in Quel soulagement : se dire « j’ai terminé » Virginia Woolf écrit : « Ce qui se passe c’est qu’à chaque fois que je commence à parler de l’âme, la vie fait son entrée »… « Je creuse de belles caves derrière mes personnages. Je crois que cela donne ce que je souhaite, humanité, humour, profondeur. L’idée que les caves communiquent et que chacune arrive au grand jour le moment venu »…Á propos de Mrs Dalloway « Je parlerai du passé par tranches disjointes » … « D’une pièce éclairée à une autre ».

Mrs Dalloway dit qu’elle achèterait les fleurs elle-même, car Lucy avait déjà bien assez à faire 

C’est ainsi que débute le roman Mrs Dalloway, premiers pas d’un poème en marche de Virginia Woolf, nous sommes en 1923, c’est juin, Clarissa Dalloway a 52 ans, et Virginia est dans sa quarante troisième année, quand le roman est publié en 1925  

Une femme Clarissa Dalloway marche dans Londres rattrapée par ses souvenirs, sa jeunesse, ses amours, ses amitiés. Ses pensées et conversations imaginaires ou réelles se mêlent et s’entrecroisent sans hiérarchie apparente. Le soir elle donnera une soirée . Et Virginia Woolf nous offre une fresque de la ville et de ses habitants un instant de vie rythmée par le carillon de Big Ben. 


« Quelle réussite splendide quand même que Londres, en cette saison, toute cette civilisation » (Mrs Dalloway)

Une manière sensible et physique d’évoquer sa place dans le monde !  Qu’est-ce qui s’ éveille en nous quand les rues de Londres, les moindres bruits, le moindre évènement, s’offrent à nous comme une sorte de théâtre avec ses paysages humains, les allées et venues des un(e)s des autres, les rencontres fortuites et celles qui n’auront à nos yeux que la saveur de destins croisés

quand TOUT se met à parler, et devient vivant, Que se passe-t-il en nous ? 

Du roman à la scène 
un désir persistant qui vient de loin et se réalisera par étapes et sous diverses formes

Génèse : Printemps 2023, j’ai commencé avec une équipe, trois actrices et deux acteurs un chantier autour de Mrs Dalloway . Un travail d’adaptation préalable avec la volonté d’éclairer l’acte par une forme d’incarnation de certaines figures était ma première intuition. Nous avons plongé dans l’oeuvre et avons été jusqu’à un temps d’esquisses au plateau. Ce travail a été passionnant, précieux, porteur de promesses.

Lors d’une session de travail, nous avons rêvé à une robe géante au plateau pour cadre du
récit, « Une résille délicate où venait se loger les choses »  légende/citation extraite du texte qu’a donné Jules C.
à son dessin 2023

MAIS,

les temps de production aujourd’hui dictent leur loi, le contexte actuel ne permet pas de rêver à grande échelle, et d’en trouver les moyens en un claquement de doigts alors dans un futur plus proche, pour ne pas laisser s’évanouir les promesses du projet, pour célébrer les 100 ans (101 ans, 102!) du roman , soutenue par l’intime conviction que c’est le moment juste pour cette aventure, j’ai repensé sa forme, sans quitter la matière, origine du désir, et j’ai imaginé trois spectacles qui se construiront au fil des ans et nous mèneront jusqu’à une nuit en compagnie de Mrs Dalloway, intégrale des trois mouvements.

le Premier mouvement est un monologue : un tête à tête avec Virginia, et/ou Clarissa Dalloway le deuxième mouvement, revisitera la proposition chorale ; les figures s’incarneront, certains randonneurs de la première heure me rejoindront. Et nous irons ensemble vers le troisième mouvement une forme plus généreuse encore, faisant arriver les invités de Clarissa sur scène pour un final en musique, une apogée de la fête – la soirée de Clarissa

Des instants de théâtre d’un mouvement à l’autre, aboutissant à une possible intégrale,

Une manière d’honorer la puissance artistique et littéraire de Virginia Woolf et de saluer l’art qu’elle a inspiré de tout temps.

Vincent Guédon, Magali Montoya T2G, 2024 (c) Bellamy

Tout comme Virginia Woolf s’est engagée dans l’écriture et une réinvention de la forme du roman, chaque spectacle s’aventurera dans le récit, la narration, appelant le  renouvellement des formes. Distiller, expérimenter différents traitements du récit, oser, jusqu’à une limpidité qui permettra d’être au plus près de la densité de cette oeuvre, seront les outils du rêve.

La première escale a pour sous-titre :

A travers une déambulation dans Londres en compagnie de Clarissa Dalloway, et une plongée dans l’esprit de quelques personnages – poésie, précision, intensité, densité de descriptions nous transportent vers une zone très charnelle du roman : la vie est saisie et comme envoyée à quelques destinataires. Nathalie Azoulai, dernière traductrice de Mrs Dalloway dit dans sa préface : « …J’ai compris que chez Virginia, les intentions se chevauchent, qu’elle n’a pas voulu choisir et a préféré tout garder pour charrier dans son récit, plusieurs voix, sa polyphonie va jusque-là, restituer les pensées vocalisées, l’arborescence de nos paroles intérieures, indécises, les voix vives mais aussi les voix éteintes, dans un travail de mixage sonore délicat auquel il a fallu tendre l’oreille avec acharnement. » Dans Un tête-à tête avec Virginia Woolf, un monologue où les mots et l’actrice seront le centre, il s’agira de trouver le cadre pour un voyage en compagnie de Clarissa ; un théâtre de parole où l’espace complice se renouvelera à vue, respirera avec nous. Le rapport au langage, aux mots qui nous dessinent et nous unissent me semble essentiel à explorer et préserver dans notre époque.

Anne Alvaro Magali M. Juin 25, salle de l’atelier théâtral du TQI (c) Bellamy

Pour ce premier mouvement je serai l’interprète ; j’ai demandé à des complices de toujours de m’accompagner de leur regard et présence pendant les répétitions ; actrice, acteur, metteur en scène ; pour l’heure Anne Alvaro, Jules Churin, Sébastien Derrey

L’intuition d’un besoin de multiplicité de regards sur ce geste de travail – comme une sorte d’écho à l’expérimentation littéraire de Virginia Woolf, s’est révélée juste et plus que vivifiante dans les premières répétitions.

Tout raconter ici de ce roman – indéniablement un des plus forts de Virginia Woolf serait vain ; dire qu’à sa sortie les libraires affichaient dans leur vitrine :

donne une indication sur l’enthousiasme et l’identification qu’il a suscité pour tout un chacun ; l’explosion des ventes en 1925 en dirait long aussi. Vous dire encore que je travaille ces temps-ci quelques extraits avec de jeunes étudiants à la Sorbonne et qu’elles et ils manifestent un attachement personnel et collectif à ce roman suffira à balayer les époques et à s’accorder autour de la pérennité des grandes oeuvres et la nécessité de leur présence dans les théâtres et dans nos vies.

En 1908, Virginia murissait son projet de recherche par l’écriture « Je pense beaucoup à mon avenir et au genre de livre que je vais écrire – à la manière dont je vais redonner forme au roman, capturer des multitudes de choses qui, pour l’instant, m’échappent encore, emprisonner le tout et modeler à l’infini des formes étranges.» – Lettre à Clive Bell, 19 aout 1908.

Virginia est à l’image de ses romans, une incarnation de la liberté, de l’aventure de la vie ! Et avec Mrs Dalloway, avec ce roman particulièrement, elle a donné de la voix à son champ d’expérimentation dans l’écriture, elle a libéré la narration, déployé comme jamais les voix intérieures, joué avec les mots et  convoqué le langage dans sa pleine capacité, et nous a révélé des êtres à coeur ouvert.

« Il est probable que tous les écrivains d’aujourd’hui sont embarqués dans la même galère. C’est le prix qu’il nous faut payer pour nous être insurgés contre la tradition …» – Lettre à Gerald Brenan, 14 juin 1925.

Etre en prise directe sur les êtres, les éléments, en prise directe sur la ville, « C’est à l’image de l’eau – qu’elle (Virginia) a tellement aimée » dixit Gisèle Venet. Un mouvement perpétuel, une liberté d’aller des êtres aux choses et vise versa, et avec cette liberté, l’invention d’une écriture, l’audace de faire autrement. Virginia a ouvert une porte pour les générations futures d’écrivaines et d’écrivains, pour qui rien ne sera plus comme avant, avec la permission si ce n’est la responsabilité d’inventer, de s’aventurer dans la forme avec les mots à vif, et de leur permettre de jouer leur rôle. Et nous voilà toujours sur une crête, toujours en éveil et traversés par des sensations comme inconnues. Ici me revient une phrase de Bruno Bayen, dramaturge, auteur, metteur en scène qui fait dire dans un roman à un de ses personnages – regardant par dessus l’épaule ce que lit son ami… : « Virginia Woolf, ah! Oui ! La championne de ces affections non encore répertoriées ! »

Magali M. juin 25 salle de l’atelier théâtral du TQI (c) Bellamy

Comment donner corps, partager sur scène ces « affections non encore répertoriées ! », ces  descriptions, ces pensées intérieures, ce mouvement de la pensée, qui nous donnent accès à l’insondable de l’être, à sa vie même. C’est un sentier vers cet innommable, vers le risque de cette aventure, cette vitalité, cette liberté qu’il me faudra prendre…

Laissons lui la parole autour de la critique de son roman Mrs Dalloway, par Gerald B. et par cette citation, laissons la introduire le personnage de Septimus. « … je viens d’avoir une longue discussion à ce sujet avec Roger, qui n’est absolument pas de votre avis : je dirai même que vos opinions divergent sur pratiquement tous les problèmes importants ; les deux dont je me souvienne en ce moment sont Septimus, qui pour Roger est absolument essentiel ; et c’était bien là mon intention – la dépendance de Septimus et Mrs Dalloway, l’un envers l’autre est totale … le second problème est celui du destin : d’après lui dans aucun autre livre le destin ne prend une telle importance. »

Clarissa, croisera dans cette journée le destin du jeune Septimus, Septimus Warren Smith, jeune ex-militaire qui souffre depuis son retour du front d’hallucinations et de schizophrénie. Septimus et Rézia, son épouse, jeune italienne ayant quitté son pays pour le suivre… Septimus et Rezia que nous croiserons dans les parcs et les rues de Londres. Septimus qui le jour de la soirée de Mrs Dalloway se défenestre au moment où le médecin qui le soigne cherche à l’interner. Ce médecin est un des invités de la soirée de Clarissa, et, quand il mentionne cet événement, quand la mort s’invite à sa soirée, Clarissa Dalloway est bouleversée par le choix de ce jeune homme et l’intime compréhension de son geste.

Je peux dire ici, que l’empathie pour Septimus et Rézia a été pour moi un déclencheur du choix de mettre en scène particulièrement cette histoire-là. La présence de la guerre, le traumatisme de la guerre, la dissection du danger que la guerre porte au delà de son présent, l’écho insoutenable qu’elle génère dans les vies au point de les briser comme un miroir en pièce que rien ne réparera… Je n’avais jamais été si proche de ce sentiment, de cette conscience-là, de cette perception de l’irréparable et de sa douleur. Virginia l’a écrit pour nous cette douleur, l’a décrite, disséquer, pour nous. Et étrangement elle y a opposé la vie, le triomphe de la vie, dans le corps et l’esprit de Clarissa.

Ce frottement-là, nous en avons besoin, comme pour ne pas se contenter de raconter des faits, d’être les témoins et marionnettes de nos vies, mais pour saisir toutes les  ressources de la vie dans ses moindres replis, y compris quand elle vient se cogner au tragique et à la mort.

Voilà ce que j’ai à dire aujourd’hui de la force de ce roman et de l’inaltérable désir que j’ai de le partager. Je pourrais dire tout autant que le regard porté sur la folie de Septimus – folie dont personne n’est exempt, le regard porté sur le traitement de ce symptôme m’importent et que Virginia a mis là une dénonciation, et un combat qui malheureusement perdure et convoque notre vigilance. Sans manquer d’évoquer la solitude de Rézia face à ce drame ; et son exil, son déracinement qui viennent s’ajouter au destin tragique de ces deux jeunes gens.

Magali M. juin 25 salle de l’atelier théâtral du TQI (c) Bellamy

Je pourrais vous parler ici aussi d’autres personnages que le roman fait vivre par le regard de Clarissa.

Lucy, Peter Walsh, Scrope Purvis, Mrs Foxcroft, Lady Bexborough, John, le Roi, la Reine, Hugh Whitbread, Evelyn Whitbread, Richard, Fräulein Daniels, Silvia, Fred, Sally Setton, le vieil oncle William, Grizzle le chien, Miss Kilman, Elisabeth, Miss Pym, Edgar J. Watkiss, Septimus, Lucrézia …


Bénédicte Le Lamer , Jules Churin 2024 T2G, (c) Bellamy

Faisons une halte avec Peter Walsh, amour de jeunesse de Clarissa, mais qu’elle n’aura pas épousé, portant son choix sur Richard D. pour une vie plus sereine ? …Peter est parti aux Indes, ils ne se sont pas vus depuis cinq ans, il revient à Londres pour s’entretenir avec ses avocats des formalités nécessaires au divorce d’une femme restée aux Indes et qu’il épousera. Et Peter rend visite à Clarissa, Et là, Tchekhov peut bien se tenir ! (Pourquoi Tchekhov ? sans doute parce qu’il est le garant des mots et des maux incarnés sur scène …et qu’il apparaît souvent dans la correspondance de Virginia Woolf).

Nous sommes vers un tiers du roman et nous plongerons dans notre deuxième mouvement . Peter arrive chez Clarissa au moment où elle est en train de raccommoder sa robe pour la soirée, Peter dit à Lucy – dont la consigne est de ne laisser entrer personne : « si, si je vous assure que moi elle me recevra »

Clarissa raccommode sa robe, comme si elle tentait de coudre le passé et le présent,

Et Peter entre.

Comme si le théâtre entrait dans le roman !

Clarissa et Peter – …mais qui peut…mais qui peut bien !…
– mais comment allez-vous ? …
– quel bonheur de vous revoir …
– et qu’est-ce que vous fabriquez là ? …
Et voilà elle raccommode sa robe, toujours en train de raccommoder ses robes ! Elle est donc restée assise ici toutes ces années pendant que moi j’étais aux Indes, à raccommoder ses robes, à s’occuper de ses frivolités, de ses soirées, à courir à la Chambre pour un oui pour un non, de plus en plus agacée, de plus en plus agitée, car il y a-t-il rien de pire au monde pour certaines femmes que le mariage ? que la politique ? qu’un mari conservateur, comme l’admirable Richard ?  …

– Richard va très bien, Richard est à la commission…
– Mais c’était si délicieux de l’entendre dire cela : mon cher Peter ! si délicieux …
– Mais c’est si merveilleux que vous soyez justement venu ce matin !…
Vous souvenez-vous comme les stores claquaient à Burton ?
– Absolument…
– Vous souvenez-vous du lac ? dit-elle brusquement sous le coup d’une émotion qui lui serra le cœur, raidit les muscles de sa gorge et crispa ses lèvres dans un spasme autour du mot « lac ». Elle redevenait une enfant qui jetait du pain au canards, entre ses parents, en même temps qu’une adulte qui retrouvait ses parents près du lac, avec sa vie entre ses bras qui, à mesure qu’elle s’approchait d’eux, grandissait dans ses bras, jusqu’à devenir une vie tout entière, une vie achevée, qu’elle déposait devant eux en disant « voici ce que j’en ai fait ! ». Mais qu’en avait-elle fait au juste ? Si ce n’est d’être assise là, ce matin à coudre auprès de Peter.

Anne Alvaro Juin 25 salle de l’atelier théâtral du TQI (c) Bellamy

J’ai dit bien peu ici sur l’adaptation pour la scène. Mettre en scène ce roman m’importe, affirmer encore que la littérature quand elle atteint ces hauteurs d’esprit et d’humanité, est un bien commun qui nous relie à celles et ceux qui nous ont précédés et qui nous succéderont . Cela vaut la peine de s’appliquer à ce geste encore et de le partager avec les outils artisanaux qui sont ceux du théâtre : des corps des voix au travail et à la rencontre d’une histoire, d’une œuvre que le théâtre permettra de révéler encore davantage.

Une découverte m’a fait sourire : Virginia et Léonard Woolf ont été les premiers à éditer des traductions des textes de Freud. L’anecdote raconte que les Woolf sont allés rendre visite au père de la psychanalyse quand il s’est exilé en Angleterre. À cette occasion, ce dernier a offert un narcisse à Virginia pour lui renvoyer son orgueil de femme écrivain au visage. Rien d’étonnant à ce que celle dont on qualifiait l’écriture de «flux de conscience »,  s’intéresse à la psychanalyse. Elle qui a su d’une manière inédite révéler les âmes, bien que de son propre aveu :

« Saisir une émotion, s’abandonner à elle, l’épuiser et s’en débarrasser, est aussi éprouvant dans la littérature que dans la vie » – cette phrase pourrait être une définition du théâtre et de ce qui est à l’oeuvre sur scène ?

Le tête à tête avec Virginia, et Clarissa va être passionnant, il va devoir s’accorder dans le premier mouvement avec le vertige de porter toutes les voix, de les laisser peupler la scène…courage et humilité.

Certains rendez-vous s’imposent parfois, et on ne peut que s’y rendre, il est temps pour moi d’y aller et de faire en sorte que ce premier voyage appelle une suite , puis une autre encore et quelques retrouvailles

La musique m’est essentielle dans ces aventures théâtrales, et là encore elle jouera son rôle.

Pour clore ce premier chapitre d’approche, voici une biographie de Virginia Woolf – qui ne fait pas mention de son suicide… et de tous les évènements heureux ou malheureux de sa vie. Une biographie écrite par un autre auteur, pas des moindres, et qui se termine par l’essentiel.

Par la voix de Borges je vous confie ce qui m’importe le plus de convoquer, d’espérer sur une scène : l’émotion

Biographie synthétique par Jorge Luis Borges (parue le 30 octobre 1936 dans l’hebdomadaire El Hogar dans lequel Borges tenait une chronique littéraire. Traduction Gérard de Cortanze, Tusquets editores, 1987, Barcelone) : « On a dit de Virginia Woolf qu’elle était « le premier romancier anglais », la hiérarchie ne compte pas. La littérature n’est pas une joute. Cependant il est indiscutable que nous sommes ici en présence d’une des intelligences et des imaginations parmi les plus délicates d’aujourd’hui, de celles qui cherchent et trouvent de nouvelles voies dans le champ romanesque anglais. Adeline Virginia Stephen est née à Londres en 1882. (le premier prénom s’est évanoui dans la nature) Elle est la fille de MR Leslie Stephen, auquel on doit plusieurs biographies de Swift, Johnson, et Hobbes, livres dont le mérite réside essentiellement dans une prose des plus claires et une précision historique sans défaut, mais qui ignorent tout de l’analyse et de l’invention. Adeline est la troisième des quatre enfants du couple. Le peintre Rothenstein en parle comme de quelqu’un « d’absorbée et de silencieuse, toute de noir vêtue, avec le col et les poignets de dentelle blanche », Elle fut, dés sa plus tendre enfance, habituée à ne parler que si elle avait quelque chose à dire. On ne l’envoya jamais à l’école, mais une préceptrice l’initia à la langue grecque. Chaque dimanche, Meredith, Ruskin, Stevenson, John Morley, Gosse et Hardy fréquentaient assidûment la maison familiale. Elle passait ses étés en Cornouailles, au bord de la mer, dans une petite maison perdue au milieu d’une propriété aussi immense que désorganisée, avec des terrasses dans tous les coins, un verger et une serre. On retrouvera cette propriété dans un roman de 1927… En 1912, Virginia Stephen se marie à Londres avec MR Leonard Woolf. Puis le couple achète une presse, attiré qu’il est par la typographie, ce complice de la littérature qui la trahit parfois ; il compose alors et édite ses propres livres. Sans doute pensent-ils tous deux à leur glorieux prédécesseur, le poète et imprimeur William Morris. Trois ans plus tard, Virginia publie son premier roman : The voyage out. En 1919 paraît Night and Day et en 1922 Jacob’s room. Ce dernier étant déjà très caractéristique du style de son auteur. Il n’y a, au sens propre, aucun argument : son thème en est le caractère d’un homme, étudié non en tant que tel, mais indirectement, grâce aux objets et aux personnes qui lui sont familiers. Mrs Dalloway (1925) relate un jour de la vie d’une femme : il n’est pas sans rappeler l’Ulysse de Joyce.
To the light House
(1927) utilise le même procédé : il montre plusieurs heures de la vie de plusieurs personnes, car ces heures contiennent et leur passé et leur futur. Dans Orlando (1928) apparaît aussi cette préoccupation du temps. Le héros de ce roman très original – sans nul doute le plus intense de Virginia Woolf et l’une des oeuvres les plus singulières et les plus désespérées de notre temps – vit trois cents ans et devient, par moments, le symbole de l’Angleterre et de sa poésie en particulier. La magie, l’amertume et la joie collaborent dans ce livre. C’est également un livre musical, non seulement grâce aux vertus euphoniques de sa prose, mais aussi dans la structure même de sa composition faite d’un nombre limité de thèmes qui reviennent et s’entrelacent. Nous entendons aussi cette musique dans A Room of One’s Own (1930), roman dans lequel alternent et trouvent ainsi leur équilibre la réalité et le rêve. En 1931, Virginia Woolf a publié un nouveau roman, The Waves. Les vagues, qui donnent leur nom à ce livre, reçoivent tout au long du temps et des vicissitudes de ce dernier, le monologue intérieur des personnages. Chaque époque de leur vie correspond à une heure distincte, de l’aube à la tombée de la nuit. Il n’y a ni argument, ni dialogue, ni action. Le livre, cependant, émeut. Comme tous ceux de Virginia Woolf, il est chargé de si délicats faits physiques. »

En attendant de vous retrouver dans les rues de « Ce Londres enchanteur, tapis magique dans lequel on est immédiatement transporté au sein de la beauté, sans avoir à lever le petit doigt », une dernière question : vous êtes-vous dit à vous-même quand vous aviez 12, 14, 16,18 ans… quelle sera ma vie quand j’en aurais 30, 40, 50 ? Ces questionnements me traversaient parfois dés mon plus jeune âge… Mrs Dalloway raconte quelque chose de cet ordre, difficilement définissable, mais si vrai.

Magali M. octobre 25

Proposition d’atelier et de restitution pour des amateurs et spectateurs, en dialogue avec les potentiels partenaires de Mrs Dalloway 

Une chambre à soi et autres récits d’après le texte de Virginia Woolf – traduction Clara Malraux – et d’autres instants de vies.
Conception et réalisation : Magali Montoya et Cécile Laffon (réalisatrice radio) Une rencontre entre une communauté de personnes et les mots de Virginia Woolf. 

Production Le Solstice d’Hiver. Première expérience et création au théâtre Le Colombier Magnanville mars 2022. Ils, elles avaient entre 16 et 75 ans, elles, ils, nous ont accueillies  chez eux ou dans un lieu de leur choix : un salon, un jardin, la maison de l’enfance, les bureaux du théâtre… Elles, ils nous ont permis par leurs récits d’avoir accès à leur Chambre à eux, et ont donné un corps, un écho, à tout ce qui se lève dans le texte de Virginia Woolf. Nous avons ensuite pensé, écrit et donné un spectacle relatant cette aventure. (page dédiée sur ce site à Une chambre à soi et autres récits, sa genèse et son historique.) Une manière de sensibiliser un public à l’œuvre de Virginia Woolf, et un plaisir pour nous de plonger différemment dans le travail, un désir de transmission et de partage au long court.

Bénédicte Le Lamer Jules Churin 2024 T2G (c) Bellamy

Virginia, la championne des affections non encore répertoriées et aussi celle qui a suscité une révolution littéraire, au sens propre du terme, ouvrant la voie pour d’autres.  
On connaît son essai Une chambre à soi et ce qu’il dévoile de la place des femmes dans le monde de l’écriture notamment et du cadre minimum que requiert le métier d’écrire.
On connaît moins l’essai qui a suivi, Trois guinées, (traduit par Léa Gauthier, ed. Rivages poche) où son engagement politique culmine. Publiée en 1938 à la veille de la guerre, elle développe dans cette fiction épistolaire une critique redoutable du patriarcat, du capitalisme en marche déjà, et remet à plat les fondements nécessaires de l’éducation ; tout ça avec la plume qu’on lui connaît, gouvernée par l’esprit le plus vif qui soit. C’est un choc politique, intellectuel, en plus d’être une révélation nouvelle de son talent d’écrivaine inclassable 

Bénédicte Le Lamer Vincent Guédon 2024 T2G (c) Bellamy

Prendre conscience qu’elle n’est pas seulement une grande auteure – celle qu’on se plait à imaginer évanescente, pleine d’esprit et ténébreuse tout à la fois, chirurgienne des âmes, celle qui met en scène sa propre disparition avec des cailloux dans ses poches pour ne pas remonter à la surface (la surface des choses elle s’en est toujours éloignée, préférant s’aventurer vers l’inconnu et les profondeurs); prendre en considération ses engagements, tous, qu’ils soient littéraires ou politique c’est rendre davantage justice à son destin et à son souci de transmission et s’approcher d’elle dans une sorte de complicité libérée du poids de l’oeuvre et de son aspect impressionnant.

C’est cette fois-ci se dire Virginia Woolf c’est pour nous.

Magali M. juin 25 salle de l’atelier théâtral du TQI (c) Bellamy

Il faudrait ici tous les cv de celles et ceux qui vont ou ont participé à la création de ce rêve en trois mouvements, j’ai dit que le musique m’était essentielle, en post scriptum, une courte biographie du musicien compositeur qui aura en charge la symphonie finale du 3 ème mouvement (que nous voudrions travailler en amont de la dernière partie avec une fanfare, des musiciennes musiciens…)

(c) Bellamy

Roberto Basarte / guitares
Pétri d’influences rock mais aussi de musiques ethniques, électroniques et symphoniques, Roberto Basarte a consacré sa vie à explorer les contrées musicales les plus diverses. De la jungle des villes à celle de l’Amazonie péruvienne, de l’Andalousie à l’Angleterre en passant par le Zaïre, ce chanteur et aventurier de la six cordes est en quête perpétuelle de magie et de poésie.Il est l’un des membres fondateurs du groupe Les Officiels. En 1985 il devient guitariste des Rita Mitsouko. En1986, il est signé par Dave Stewart de Eurythmics, pour son groupe les CenturyBoys (en duo avec Marc Anciaux) sous le label Auxious Music. Cette aventure donne lieu à un film d’Amos Gitaï, « Queen Mary 87 ». A Londres, il travaille avec de nombreux artistes : Jim Nellis, Robert Crash, Tony Haliday (groupe Curve), Alan Moulder, Annie Lennox, Dave Stewart. A son retour en France, François Hadji Lazaro l’invite à rejoindre le groupe Pigalle. Il est également guitariste d’Alan Stivell pour la tournée Brian Boru.  Il mène parallèlement deux projets de world music avec les artistes César Loboko (Zaire) Julius Essok (Cameroun). De 1992 à 2011, il compose pour l’émission « Ushuaia ». 
Débute ensuite son compagnonnage avec Magali Montoya. Depuis 2013, il signe les compositions originales des spectacles du Solstice d’Hiver. D’abord pour un hommage live à Grisélidis Réal et au peintre Ionas ; Puis en 2016/17 il compose et joue sur scène la musique de l’intégrale de La Princesse de Clèves et en 2020/21/24 Les tigres sont plus beaux à voir et enfin Ainsi parlait Pénélope
Été 18, il donne un concert au Festival Jazz en Morvan à La Rochemillay. Á l’automne 2019 il est invité par Catherine Ringer pour le concert Les Amitsouko, à la Philharmonie de Paris. (Cette soirée unique réunit aussi Lulu Van Trapp, Minuit et Fat White Family).
En Juin 2022 il donne un concert au Carreau du Temple pour l’émission Ocora Couleurs du monde (France musique). Il compose  aujourd’hui ses chansons et musiques et prépare la sortie d’un album Autobiography. 2024  il est Invité après la projection inédite du  film de Amos Gitaï «Queen Mary 87» , Au festival de film  «Hissez Les Toiles» pour un Concert & conférence au cinéma REX de Luzy , il donne un concert après la projection inédite du film d’Amos Gitaï «Queen Mary 87 ». Été 2025 – il donne un concert en plein air en haut du mont Bibracte dans le Morvan pour une « journée forestière » d’initiation aux bonnes pratiques pour les forêts organisée par le musée archéologique de Bibracte. Il compose  aujourd’hui ses chansons et musiques et prépare la sortie d’un album Autobiography. https://oberto.org/