Les Tigres sont plus beaux à voir

Les Tigres sont plus beaux à voir

d’après la vie et l’œuvre de Jean Rhys
Adaptation et mise en scène Magali Montoya


  1. Manifeste pour Les Tigres sont plus beaux à voir
  2. Portrait de Jean Rhys
  3. Jean Rhys, des années vingt au crépuscule de sa vie
  4. Revue de presse

Avec
Julie DenisseBénédicte Le LamerJules ChurinMagali Montoya, (Nathalie Kousnettzoff 2020 représentations réservées aux professionnels)

Composition musicale et interprétation Roberto Basarte
Scénographie Marguerite Bordat et Caroline Ginet 
Lumière Jean-Yves Courcoux 
Costumes Virginie Gervaise 
Régie générale Johan Olivier
Photographe Bellamy
Administration de production Silvia Mammano
Relations presse Claire Amchin – l’autre bureau


Extraits des œuvres de Jean Rhys 

  • Souriez s’il vous plaît, une autobiographie inachevée, traduite de l’anglais par Jacques Tournier (avec la collaboration de Robert Fouques Duparc) © Editions Denoël
  • Recueil de nouvelles L’oiseau moqueur et autres nouvelles : Un jour gris ; Rue de l’arrivée traduction Jacques Tournier © Editions Denoël 
  • Voyage dans les ténèbres (roman) traduction René Daillie © Editions Denoël
  • Recueil de nouvelles Rive gauche : Le jour où elles brûlèrent les livres traduction Jacques Tournier © Editions Mercure de France 
  • Correspondance 1931-1966, traduction Claire Fargeot © Editions Denoël
  • Et de courts extraits d’un entretien de Jean Rhys avec David Plante, traduit par Christine Jordis (Jean Rhys, qui êtes-vous ?)

Production : Le Solstice d’Hiver. La compagnie bénéficie du conventionnement de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France.
Co-production et accueil en résidence : Théâtre Molière, scène nationale de Sète et du bassin de Thau.
Soutien, accueils résidences : Le Moulin du Roc, scène nationale de Niort, Théâtre Le Colombier, Bagnolet, résidence de création. la rOUSSe Niort.

Avec les soutiens de : 
l’ADAMI. L’Adami gère et fait progresser les droits des artistes-interprètes en France et dans le monde. Elle les soutient également financièrement pour leurs projets de création et de diffusion. 
La SPEDIDAM. La Spedidam est une société de perception et de distribution qui gère les droits des artistes interprètes en matière d’enregistrement, de diffusion et de réutilisation des prestations enregistrées.

Remerciements à La MC93, Maison de la Culture de Seine-saint- Denis, au T2G théâtre de Gennevilliers, au Nouveau théâtre de Montreuil, Centres Dramatiques Nationaux, au théâtre le Colombier Magnanville, pour leurs soutiens et prêts d’espaces de répétition.
Merci à Ellen Ruth Moerman, petite fille de Jean Rhys, directrice du Jean Rhys Ltd, pour son aide précieuse et son soutien, Catherine Rovera, maître de conférence à l’université Paris-Dauphine auteur de Genèse d’une Folie Créole, Christine Jordis, auteur de Jean Rhys, qui êtes-vous ? et David Plante.

Représentations saison 2021

Théâtre Le Colombier à Bagnolet,  du 1 au 9 octobre 2021 

Théâtre Molière, scène nationale de Sète et du bassin de Thau,  le 15 octobre 2021

Moulin du Roc, scène nationale de Niort, les 19 et 20 octobre 2021


Manifeste pour Les Tigres sont plus beaux à voir

« Toute petite encore, avant même de savoir lire, je m’étais figuré que Dieu,
ce quelque chose ou ce quelqu’un d’étrange
dont on  m’avait parlé était un livre. »

                                                  Souriez s’il vous plaît, une autobiographie inachevée. Jean Rhys

L’écriture comme rédemption

Certaines écritures demandent à revenir, ou à venir à notre rencontre, c’est tout l’art de certains auteurs de nous parler de loin, et de nous éveiller à l’essentiel.
Encore une fois je m’attache à une femme qui écrit.

Après L’Homme-Jasmin d’Unica Zürn, après La princesse de Clèves de Madame de Lafayette, Jean Rhys (1890/1979), anglaise, née à la Dominique, ayant vécu à Paris où a commencé sa vie d’écrivain dans les années 20.
Une auteure qui m’a bouleversée jusqu’à garder en mémoire l’impact physique de sa découverte, et à ne céder en rien au désir de partager cette émotion. Une auteure dont la vie a oscillé entre apparition magistrale et disparition incompréhensible de la scène littéraire, au point qu’on l’a crue morte de son vivant.
Ici pas d’histoires de cour, de grands de ce monde, mais plutôt des portraits de laissés-pour-compte, qui avancent à visage découvert, en dehors de la machine, mais résistants, avides de justice et de liberté. Un parlement des invisibles .
D’un style à la tonalité inoubliable, l’écriture de Jean Rhys  nous atteint toujours de manière inattendue, et nous laisse surpris, émerveillés.
En 1970,  à l’occasion de la sortie en France de Les Tigres sont plus beaux à voir, Jacques Cabeau, critique littéraire écrit : « Si trente ans après on redécouvre soudain les complaintes de Jean Rhys, ce n’est pas seulement pour son talent d’écrivain. C’est qu’elle dénonce la difficulté de vivre dans une société de la réussite obligatoire. Dans cette chronique des laissés-pour-compte, elle parle pour tous ceux qui ne sont ni toujours beaux, ni toujours jeunes, ni toujours dynamiques. A une société qui a fait du tigre dans le moteur le symbole de la compétition sauvage, Jean Rhys répond du fond du désastre des années 20, qu’en réalité les tigres sont plus beaux à voir que les hommes ».

1920, 2020, un siècle.
D’un désastre à l’autre, Un battement de cils
Face à la brutalité, la mise au ban des plus faibles, le pouvoir de l’argent qui règne sans complexe, le cynisme et l’arrogance,
Que faire ?
Guetter, regarder, témoigner, avec lucidité et empathie
Aimer, l’œuvre de Jean Rhys est gorgée d’amour
Espérer, elle disait être une personne pleine d’espoir au fond
Triompher du désespoir
Vivre envers et contre tout
Écrire

«  Lorsqu’on est enfant, on est soi-même, puis quelque chose arrive, brusquement,
et on cesse d’être soi même. On devient ce que les autres veulent que vous soyez.
On perd toute sagesse. On perd son âme »

Quai des grands Augustins, Jean Rhys

Jean n’aura pas perdu son âme, ses figures, ses personnages non plus.
Les mots manquent pour exprimer combien elle nous offre un accès privilégié à l’essence de l’être dans ce qu’il a de plus indomptable, de plus vrai et de plus poignant jusque dans les épreuves les plus terribles.
Sa vie, ses écrits où quelque chose se redresse avec dignité et témérité apparaissent comme une ode au courage et plus encore à la résistance.

Rideau
Le spectacle s’ouvre par la nouvelle le jour où elles brûlèrent les livres : deux enfants sauvent des livres d’un incendie volontaire. Toutes les thématiques chères à Jean Rhys sont déjà là : le pays natal, les blessures du colonialisme, la cruauté, le courage, l’épreuve, l’amour, l’exil, les livres enfin que l’enfant sauve avant que la vie entière de Jean n’avoue que ce sont les livres qui l’ont sauvée.
Et déjà cette mélodie des mots, et cet art si particulier de nous emmener vers une vérité implacable.
Un jeune homme lui rend visite – lui-même auteur en devenir- un pacte les lie, il vient l’aider à ordonner son autobiographie.
Le spectacle va voyager entre récits d’instants de vie de Jean, issus de Souriez s’il vous plaît, Une autobiographie inachevée, et récits fictionnels, nouvelles, où nous la verrons apparaître à peine dissimulée derrière ses figures de papier.
Un tissage sensible entre le passé et le présent, un chemin, de défaites en épiphanies.

La vie transcendée par l’écriture
Que nous nous retrouvions aux côtés de deux enfants qui sauvent des livres d’un incendie et s’enfuient, ou face à une madone dans une maison au fond d’une cour pavée proche des Champs-Elysées.
Ou que nous  atterrissions dans une chambre à trois sous de Bloomsbury où deux jeunes femmes s’enivrent et rient de leur destinée.
Ou à la terrasse de la Rotonde ou du Dôme dans les années vingt.
Ou chez une correspondante du Times à Paris, qui va faire basculer la vie de Jean Rhys et poser le sceau de son destin d’écrivain.
Ou encore de retour avec elle et le jeune homme,  dans l’intimité de leur relation qui s’apparente à une transmission secrète.
Nous avancerons ensemble, dans l’anarchie d’une vie, aux battements de cœur irréguliers, vers l’insaisissable, la beauté des êtres et de leurs combats.


Que peut une passion dans une vie, quand elle prend la forme d’une plume ? Nous laisser des amulettes contre le désastre. A ses mots à elle, qui bondissent de la page avec la puissance des tigres, nous prêterons nos corps, nos voix, le plateau, le temps d’un soir.
Pour rejoindre  l’indicible, le vivifiant, le salvateur,
L’espoir d’une vie meilleure en dépit de la réduction des temps présents, les yeux rivés sur la seule valeur qui mérite d’être considérée, l’être humain.  


Portrait  de Jean Rhys
Sa vie et son œuvre en quelques dates  

En 1890, nait à la Dominique (Indes occidentales) Ella Gwendolen Rees Williams, qui après avoir utilisé plusieurs pseudonymes est devenue Jean Rhys.

Jean Rhys dans les années 20

1907, à l’âge de 17 ans, elle quitte le pays natal pour Londres, et entre à la Perse School à Cambridge. Elle n’y restera qu’un trimestre puis entrera à l’Académie d’art dramatique.
1908, son père meurt, on ne peut plus payer ses cours, sa mère lui  demande de rentrer à la Dominique.  Elle refuse et  pour subvenir à ses besoins, elle se fait engager comme Chorus Girl dans une comédie musicale Our Miss Gibbs. 
1909, elle vit une première aventure amoureuse qui dure 18 mois, avec un homme plus âgé qu’elle qui la quitte en lui versant une pension. Vient la guerre, elle exerce plusieurs petits métiers… dans une cantine elle sert à manger aux soldats.
1917, elle rencontre à Londres Jean Lenglet, poète, journaliste hollandais.
1919, elle le rejoint et l’épouse à Amsterdam, le couple s’installe à Paris.
1920, Naissance de leur fils William, qui meurt trois semaines plus tard. Ils partent pour Vienne.
1922, retour à Paris Via Budapest, Naissance de leur fille Maryvonne.
1923, va commencer sa vie d’écrivain. Ils sont à court d’argent, elle sollicite l’aide d’une correspondante du Times Mme Adam, rencontrée à Londres et lui confie un cahier, (« Un roman sous forme de journal », lui répond-elle quand celle-ci lui demande « et vous, avez-vous écrit quelque chose ? »). Par ce geste, une vie s’en suit, tumultueuse, sauvée par l’acte d’écrire. Mme Adam la présente à Ford Madox Ford qui a la réputation de dénicher les talents littéraires. Il l’encourage à écrire.
Jean Lenglet est emprisonné à Fresnes pour trafic de devises, et entrée illégale sur le territoire français. Ford et sa femme Stella Bowen prennent Jean Rhys sous leur protection. Ford devient l’amant de Jean. Jean Lenglet sera extradé vers la Hollande. 
1924, parution de « Vienne », nouvelle,  dans le premier numéro de la Transatlantic Review, édité pat Ford.
1927, Rive Gauche, recueil de nouvelles paraît chez Jonathan Cape. Refus de Quatuor, par Jonathan Cape (qui y devine avec justesse, un récit entre autre des aventures de Jean avec Ford et craint d’exposer celui-ci). Voyage à Londres, Jean rencontre Leslie Tilden Smith chez Chatto and Windus, il devient son agent littéraire.
1928, Chatto et Windus publie Quatuor.
1930, Jonathan Cape publie After living Mr Mackensie, Quai des Grands Augustins.
1931, elle vit à Londres avec Leslie Tilden Smith.
1932, divorce d’avec Jean Lenglet et épouse Leslie Tilden Smith, sa fille Maryvonne restera en Hollande et la rejoindra pour les vacances.
1934, Constable publie Voyage in the Dark, Voyage dans les ténèbres (en parti inspiré par sa première histoire d’amour et ses premiers cahiers d’écriture, son journal, qu’elle avait confié à Mme Adam).
1936, voyage à la Dominique avec son mari Leslie, pour la première et dernière fois depuis son arrivée en Europe.
De retour de ce voyage, Jean Rhys commence le long chemin qui l’amène à La Prisonnière des Sargasses, (une première version, jamais publiée fut tapée par Leslie, elle se trouve à Tulsa, la suite manuscrite s’est perdue). Puis, en 1949 elle évoque le titre d’un roman « the first MRS Rochester », « simmering in my head for a long long time ».
Un lien fort et un impossible retour au pays natal irriguent – plus particulièrement encore que dans l’ensemble de son œuvre, ce roman qu’elle a porté longtemps en elle avant la version que nous connaissons.
1939, Constable publie Good Morning Midnight, Bonjour Minuit.
1945, Mort de Leslie Tilden Smith.
1947, épouse Max Hamer, le cousin de Leslie.
1949,Selma Vaz Dias, actrice, la recherche pour lui demander l’autorisation d’adapter un de ses romans pour la BBC. Jean elle-même répondra à un avis de recherche paru dans le journal « toute personne connaissant les coordonnées de Jean Rhys est priée de prendre contact… » ; elle s’appelait alors Mme Hamer.
1949, elle passe un court séjour en prison, inculpée pour coups et blessures, après avoir giflé un voisin qui l’avait insultée.
1950, Max mêlé à une escroquerie, est emprisonné. Jean s’installe à Maidstone tout près de la prison.
1955, Jean et Max s’installent en Cornouailles.
1957, Jean commence la rédaction de Wide Sargasso Sea, La Prisonnière des Sargasses.
Selma Vaz Diaz adapte Good Morning Midnight  Bonjour Minuit pour la BBC.
Francis Wyndham et Diana Athill de chez André Deutsch prennent une option sur le prochain roman de Jean en cours d’écriture.
1960, Jean et Max s’installent définitivement à Cheriton Fitz Paine, Devonshire.
1961, Mort de Jean Lenglet.
1964, Jean a une crise cardiaque en allant à Londres pour déposer ses épreuves de La Prisonnière des Sargasses.
1966, Max meurt, Jean est seule.
André Deutsch publie Wide Sargasso Sea, La prisonnière des Sargasses, vif succés.
Le roman obtient le W.H. Smith literary Award et elle devient membre de La Royal Society of literature.
1968, André Deutsch publie Tigers are better looking , Les tigres sont plus beaux à voir.
1969, première publication en France de Les tigres sont plus beaux à voir suivie de la publication de Bonjour Minuit.

1971, parution en France de La prisonnière des Sargasses.
1973, parution en France de Quatuor.
1976, André Deutsch publie Sleep it off Lady, il ne faut pas tirer sur les oiseaux au repos.
1978, parution en France de il ne faut pas tirer sur les oiseaux au repos.
Jean est décorée par la reine du C.B.E Commander of the order of the British Empire, pour services rendus à la littérature.
1979, le 14 mai Jean décède à l’âge de 89 ans.

Entre 1939 et 1966, elle disparaît de la scène littéraire, du moins de l’accès à l’édition. 
Francis Wyndham, déclarait que la véritable qualité des œuvres de Jean n’avait pas su être appréciée parce qu’elle était en avance sur son temps, « aussi bien d’esprit que de style ».
A la lecture de sa correspondance notamment, je ne peux m’empêcher de penser que pour elle, écrire était l’essentiel, qu’elle accordait peu d’importance au succès médiatique, et préférait porter ses efforts sur la solitude nécessaire à son destin d’écrivain ; plutôt qu’à la reconnaissance de celui-ci. 
Elle a orchestré sa vie autour de l’écriture, dans une sorte de discrétion, à distance de tout jeu social, à ses dépens, confrontée souvent à une grande précarité. 
Le mystère de ses disparitions et réapparitions du monde littéraire peut être vu sous cet angle. A cela s’ajoute les épreuves de sa vie, qui témoignent du courage qu’il lui a fallu pour persévérer.
Le passage d’une de ses œuvres à la BBC, (qui déclarait la croire morte !) la ramène au devant de la scène… Elle était au calme, au fin fond du Devon et travaillait à quelques nouvelles inédites et à son futur roman. Si elle semble s’être évaporée quelques temps, l’écriture ne l’a jamais quittée.
Pendant presque 9 ans, ses éditeurs anglais attendront avidement qu’elle accepte de donner son aval pour l’édition de  Wide Sargasso Sea, La Prisonnière de Sargasses, que son perfectionnisme l’incitait à parfaire.
En France, où elle a, en quelque sorte débuté sa carrière d’écrivain dans les années 20, la réception du public a été tardive, elle n’est venue qu’en 1969 quand Pierre Leyris, un de ses traducteurs la fit découvrir avec Les Tigres sont plus beaux à voir.
Pierre Leyris, écrit alors : « c’est en vérité une grande contemporaine, non seulement par une maîtrise elliptique du récit dont je ne vois guère d’exemple comparable aujourd’hui, mais par l’énergie, faite de souffrance et de compassion indignée, avec laquelle elle nous exhorte à cesser d’être des tigres puisque nous n’en avons pas la beauté. » Par la suite, dés que ses œuvres nous arrivaient elles étaient traduites et éditées, et un fervent cercle d’admirateurs s’est révélé qui ne cesse de s’étendre …
Sa carrière d’écrivain si secrète ou discrète qu’elle nous apparaisse la place aux côtés des plus grands. La force de certains auteurs, les plus exigeants, les plus profonds,  est de réapparaître par vagues, d’une époque à l’autre au mépris des modes. 
Elle est de ces écrivains, guides clairvoyants, de passage et éternels, au delà de tout tumulte.  

Les œuvres éditées après sa mort :

  • 1979 parution en France de Quai des Grands Augustins
  • 1979 André Deutsch publie Smile Please, Souriez s’il vous plaît, Une autobiographie inachevée
  • 1980, parution en France de Souriez s’il vous plaît, Une autobiographie inachevée
  • 1981 Rive Gauche, édition française de Left bank,
  • 1984 The letters of Jean Rhys 
  • 1987 parution en France de Correspondance 1931/1966
  • 2008, en France, L’oiseau moqueur et autres nouvelles, the Whistling Bird, (recueil de nouvelles écrites de 1960 à 1978) 

Jean Rhys, des années vingt au crépuscule de sa vie …

De la littérature…

J’ai découvert Jean Rhys par un chemin dont le spectacle témoignera.
« Jean Rhys, qui êtes-vous ? » Un livre de Christine Jordis. En deuxième partie de ce livre, se trouve une interview de Jean Rhys par un autre auteur David Plante ; elle est au crépuscule de sa vie, et lui à l’âge de tous les possibles. A l’origine de leurs rendez-vous, un contrat les liait : David Plante venait aider Jean Rhys à mettre de l’ordre dans sa mémoire et ses écrits qui allaient devenir son autobiographie inachevée : Souriez, s’il vous plaît qui paraîtra après sa mort. 

Jean Rhys (Collection privée)

Nous  ferons la connaissance de Jean, et du jeune homme, au rythme de leur rendez-vous, sorte de fil conducteur, qui nous ramènera au présent.
La matière du spectacle aurait pu s’en tenir à ces rencontres. 
Mais comme le théâtre invite à des chemins de traverses, et que je ne pouvais pas nous priver de la découverte de Jean Rhys, par quelques-unes de ses œuvres, où elle transcende magnifiquement sa vie, nous prolongerons la visite en s’aventurant dans ses nouvelles pour être encore plus proche de sa voix.

Entremêler les différents espaces de narration,
Passer du présent au passé, 
Se laisser porter par la puissance narrative de ces écrits 
Décliner les angles d’entrées, 
Guider le spectateur dans ces contrées  
Se laisser envahir par la matière de la vie et de l’œuvre.
Voilà notre visée


Deux résidences d’écritures au Moulin du Roc à Niort, ont abouti à une adaptation, pensée pour l’équipe d’interprètes réunie. Les actrices et l’acteur complices sont : Nathalie Kousnetzoff (création 2020), Julie Denisse (création 2021), Bénédicte Le Lamer qui jouait dans La Princesse de Clèves, Jules Churin, qui faisait une apparition dansé dans le premier spectacle de la compagnie L’Homme-Jasmin, et moi même, dedans et dehors du plateau.
Il y a aussi  le compositeur et musicien Roberto Basarte, qui a entre autre composé et joué en scène la musique de La Princesse de Clèves.

…Au plateau

 premiers temps de répétitions  

Chacun s’est confronté à l’œuvre. Chacun a commencé à tisser un lien intime avec cette écriture, par des axes différents, suscités par la distribution dans l’adaptation. Et un coude à coude s’est installé pour porter ensemble cette densité, où présent et passé, fictions et récits autobiographiques s’entremêlent et affluent comme des rafales, des bouffées d’air.
Des ponts nécessaires se sont inventés pour tenir l’avancée, sans éclats, et s’approcher de l’essentiel. Ce spectacle part de la littérature et se prolonge par la découverte de ce qui ne peut se déployer qu’au plateau, par la magie du théâtre.
C’est une plongée dans les mondes narratifs et un chemin pris en commun vers la densité des éclats de cette œuvre.
Nous n’échapperons pas au trouble. 
Il s’agira d’emporter les spectateurs avec nous vers la perception sensible de cette écriture qui va loin, très loin, au bord d’un précipice.
La puissance des fictions et le regard porté vers l’intérieur des âmes nous montrent la voie.
La musique nous accompagnera dans ce voyage que j’espère inédit.


Revue de presse

Télérama, Sortir, 30 septembre 2021.
Magali Montoya se trouve bien dans les mots des femmes qui écrivent. Après L’Homme-
Jasmin, d’Unica Zürn, et La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, elle entre, cette fois ci,
non seulement dans les phrases mais aussi dans la vie d’une autrice britannique du début du
XXe siècle, Jean Rhys. Sur scène, l’essentiel : des chaises et des tables où s’asseoir, mais sur
lesquelles, surtout, marchent les comédiens. Car leurs promenades, au sol ou en hauteur, leurs
tranquilles allées et venues, leurs déambulations nerveuses sont l’exacte métaphore du projet de
Magali Montoya, qui va et vient, flâne, se repose puis se remet en route, bifurque et avance par
tours et détours dans ce qui fit d’une femme une écrivaine. Mélange de biographie et d’extraits de
fictions, le portrait de Jean Rhys, anxieuse, intransigeante, lucide, nous parvient avec une
passion qui n’évite pas toujours la confusion. Mais ils sont si rares, ces moments où le théâtre
s’offre au public la gorge nue, qu’on passera outre les longueurs. Joelle Gayot.